Après Sucre, nous nous mettons en route pour la ville la plus insolite de Bolivie : La Paz.

L'arrivée se fait par l'Alto, les quartiers populaires situés sur le plateau andin à plus de 4000m. La route qui mène au centre historique est une véritable plongée de plus de 500m. Nous nous établirons dans un petit hôtel du quartier touristique.

La Paz est une fourmillière où résonnent sans discontinuer les klaxons des collectivos vrombissants, crachant d'épais nuages noirs en tentant de gravir péniblement les rues à 15 pourcents de la cuvette paceñienne, laquelle retient prisonnier au niveau du sol (et de nos poumons) l'ensemble de ces émanations peu agréables.



Nous arrivons le dimanche et, comme la bonne vieille Batte dans notre Liège natal, c'est le marché. Tout un quartier est envahi par les échoppes.


On l'aura maintenant compris, le marché est un élément socio-économique capital de la vie andine sur lequel règne sans partage la cholila.

La "cholila", comme on en croise des milliers, est l'archétype de la citadine des Andes. "Cholila" vient de "cholo", mot d'argot qui désigne, au Pérou et en Bolivie, la personne ayant à la fois du sang natif et espagnol; autant dire la majorité des habitants ! Autant que l'ascendance métissée, le sont aussi les coutumes et donc les costumes : le chapeau melon, le châle en tricot et la dizaine de jupons conservés des Espagnols de jadis, savamment mêlés aux couleurs criardes, aux paillettes et aux tresses infinies des peuples anciens issus du continent. La cholila est aussi une incroyable machine économique. On la voit tantôt derrière une échoppe, tantôt à la tête d'un hospedaje, d'un atelier de confection, voire d'une chaîne entière de magasins. Si sa motivation initiale était de pourvoir aux besoins alimentaires de sa famille, certaines ont su parfois, au fil du temps, saisir les facilités d'une économie de marché sauvage, comme on la rencontre en Amérique du Sud, pour transformer son petit avoir initial en une véritable entreprise bien rôdée avec cependant, ce faisant, un désir de conserver son identité culturelle, certe hybride, mais néanmoins spécifique. Ainsi est donc la cholila, matronne du XXIème siècle, à la fois fille de Quilla (la lune) et d'Eve.