Le voyage se terminera de manière aussi peu amusante qu'il avait commencé.
Après Tiwanaku, nous pensons traverser deux fois de suite la frontière péruvienne au sud du Titicaca et rejoindre Copacabana pour y attendre les amis rencontrés à Salta. Nous nous réjouissons de les revoir ... Nous ne les reverrons pas et ne verrons jamais Copacabana, ni le lac, ni plus rien !
Au poste frontière péruvien de Desaguadero, au moment de démarrer, on nous arrête et on nous envoie au bureau de la douane. Là, les choses se gâtent rapidement. De manière la plus bourrue qui soit, on nous réclame LE papier. Nous n'avons reçu aucun document particulier lors de la sortie du Pérou, six mois avant. Nous ne pouvons donc rien présenter et donc, comble du n'importe quoi : notre véhicule immatriculé au Pérou, s'en voit refuser l'accès, alors que nous avons traversé sans ambages de multiples fois des frontières étrangères.
Pierre est de méchante humeur et s'énerve, vu la façon dont on nous traite. On finit par lui dire que sans LE papier (nous ne saurons jamais lequel), il nous faut rentrer par le même poste frontière par lequel nous sommes sortis, ... soit au Chili ... à 500 km de l'endroit où nous sommes et complètement dans la direction opposée à l'itinéraire prévu !
C'est la déconfiture !
Dans l'espoir de voir les choses s'arranger, nous rentrons à La Paz (où nous restons à nouveau une semaine), contactons l'ambassade belge, qui contacte la douane péruvienne, rien n'y fera : il y a parait-il un accord péruano-chilien quant au transit des véhicules, lequel n'existe pas entre la Bolivie et le Pérou ! Il aurait fallu, lors de la sortie, faire bien d'autres démarches; ce que malgré toutes nos précautions et nos questions, au moment de la sortie, personne ne nous a expliqué ! Fonctionnarisme kafkaïen de m ... !
C'est la douche froide, l'amertume et le dégoût !
Pierre ne décolère pas de voir que l'administration du pays dont il défend les couleurs depuis si longtemps, avec amour et passion, lui joue ce stupide et méchant tour ! Puisqu'il en est ainsi et qu'aucune solution ne se dégage de manière intellectuellement et humainement acceptable, nous nous verrons obligés de reprendre la route vers le Chili, avec la peur au ventre qu'on nous trouve, là-bas, une autre bricole pour nous interdire à nouveau l'entrée du Pérou.
A la frontière Chiléno-péruvienne, après des simagrées administratives pas possibles, inutiles et ridicules (en résumé, courrir sur un parking après six personnes différentes pour avoir des tampons sur un papier, sans qu'aucune de ces personnes n'inspecte le véhicule comme il devrait en principe le faire), nous sommes au Pérou.
Mais la rage de Pierre n'est pas passée : il n'est pas question que nous refassions à nouveau 500 km du côté péruvien pour nous retrouver très exactement de l'autre côté de la barrière où nous avons été arrêté pour reprendre l'itinéraire initial à travers les Andes. Le moral n'y est de toute façon plus : nous remontons au plus vite sur Lima ! Nous faisons une étape de 850 km en remontant en une seule journée la Panaméricaine que nous avions mis une semaine à descendre à l'aller.
A Nasca, nous retrouvons nos amis Edmundo et Daniela et leur oasis de tranquilité ! Cette amitié nous ramènera à la sérénité. Après quatre jours de repos et détente (nous en avions grand besoin), nous avalons les 450 derniers kilomètres et sommes à Lima dans l'après-midi du 4 juin, soit six mois quasi jours pour jours après notre départ.
Notre plan est le suivant : revendre au plus vite la voiture et profiter du temps qui nous restera pour reprendre la route par des transports locaux vers le Nord du pays et ses plages où nous pensons nous reposer et profiter des tropiques avant de rentrer en Belgique.
Nous déchanterons aussi, peu à peu !
La voiture ne se vend pas. La crise mondiale touche aussi, peu à peu, le Pérou jusqu'ici miraculeusement préservé. L'onde de choc économique occidentale a fini par arriver ici aussi. De plus, ce qui nous avait séduit lors de l'achat du véhicule : une ligne sobre, un intérieur propre et bien entretenu, n'intéresse pas l'amateur : il veut une voiture puissante et surtout pas chère, même avec plus de kilomètres au compteur, même si les sièges sont maculés comme pas permis ou que la mécanique ne sera que peu fiable ("c'est pas grave, on improvisera le moment venu", comme le veut le dicton, élevé en doctrine, au Pérou).
Les jours, puis les semaines passent ! Et comme lors des préparatifs, chaque jour nous avons un espoir : "oui, je passerai demain voir la voiture" et finalement, la personne ne vient pas ou vient le surlendemain en proposant un prix hors propos. Cela fait que nous ne pouvons rien prévoir et restons à tourner, sans but, dans le quartier de Miraflorès. Triste fin, pour un si long voyage.
La veille du départ, ayant baissé le prix à la limite du raisonnable, nous vendons finalement, avec grand soulagement, notre fidèle compagne de voyage : elle s'en ira à Huancavelica et visitera donc cette région sans nous ! Bonne route, la Pépette !
Nous aurons passé six mois et 25.000 km derrière ce volant !








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